10 mai 2008

USA : Fondation des femmes de Oklahoma

09 mai 2008

62 - En cavale (5ème partie)

Mistyforest Lorsque j'ouvre les yeux, encore empâtés de fatigue, je vois la vitre de la voiture couverte de buée. Ma mère et ma soeur, blotties dans leur manteau dorment  profondément. Samuel n'est pas dans la voiture.
A l'aide de ma main, je frotte la vitre pour enlever cette épaisse et froide buée. A travers la trace, j'aperçois ce paysage magnifique.
La forêt a des reflets bleutés par la lumière du jour qui commence à se lever. Un matin d'hiver, qui donne au décor un caractère mystérieux. Une ambiance froide et humide. Mais rassurante.
Un peu plus loin, je vois Samuel, debout, devant un arbre. Après quelques secondes, il revient vers la voiture, entre discrètement, et se remet à sa place, au volant, et tente de retrouver encore quelques instants de sommeil.
Nous avons passé la nuit dans cette voiture perdue au milieu des chênes et des fougères. Sans doute par fatigue. Sans doute par crainte de fuir perpétuellement ce monstre tout le long de la nuit. Sans doute parce que nous savions qu'ici, il ne nous trouverait jamais.

Nous avons repris la route en direction du village le plus proche.
Assis à une table de petit bistrot, nous prenons notre petit-déjeuner en paix.
Café, Thé, chocolat chaud. Pour nous réchauffer les mains et le coeur.
Dans le silence.
Accablés par cette nuit terrible et fatigante que nous venions de passer dans l'inconfort de cette petite voiture.

Après quelques petites généralités échangées, je me dirige vers les toilettes. En mon absence, Joséphine entre dans le sujet.

    - Maman. Il faut que tu portes plainte.
    - Oui... sans doute. Mais je ne sais plus quoi faire. Comment expliquer que je me suis remis avec ton père alors que le divorce est prononcé et qu'il n'est pas encore établi ? Et ton frère... Il est contraint de voir ton père un week-end sur deux. Je ne veux pas qu'il vive un enfer chaque week-end qu'il passera avec lui. Si je porte plainte, il fera de la pression sur ton frère. Et je ne veux pas cela. Je ne veux pas que Théo subisse cela. Je ne veux pas.
    - Mais alors qu'est-ce que tu vas faire ?

    - Je pense que je vais essayer de lui parler... lui dire que nous allons reprendre ce qui est établi par le juge. Qu'il voit Théo, un week-end sur deux... Lui dire aussi que je l'ai cru... Que j'ai cru que tout allait s'arranger... qu'une fois de plus je lui ai fais confiance, et qu'il nous a trahi. Qu'il est incapable de vivre avec nous sans violence. Sans cris. Sans coups. Et que nous ne pouvons plus vivre ainsi. J'ai essayé de le croire. Une famille n'est heureuse que lorsqu'elle est unie. Que des enfants ont besoin de leur deux parents, je l'ai cru. Aujourd'hui, je vois que ce n'est pas toujours possible. J'ai tout gâché...
    - Non maman... ce n'est pas toi qui...
    - J'ai tout gâché, par ma faiblesse. Comment j'ai pu passer toute ces années à croire... à croire, non... à être convaincue que tout allait s'arranger ? J'ai tellement aimé ton père, qu'il m'a fallu du temps pour ne plus l'aimer... Excuser a été ma première erreur. J'ai commencé à excuser. Il a compris qu'il pouvait recommencer. Et comme j'ai excusé une première fois. Je l'ai fais une deuxième fois... Et voilà où nous en sommes... Dix-huit années de mensonge. Dix-huit années que je suis morte. Aujourd'hui je me réveille, et c'est ton frère qui est pris en otage. Je ne me le pardonnerai jamais...
    - Maman...
    - Jamais...

Lorsque je sors des toilettes, je vois ma mère avec son maquillage défait. Je m'assois près d'elle. Nous nous prenons dans les bras. Tendrement.
Après quelques minutes, les yeux maintenant séchés :

    - Allez. Maintenant c'est fini. On rentre à la maison, les enfants...

En partant, Joséphine chuchote quelque chose à l'oreille de Samuel.

08 mai 2008

Canada : United way

07 mai 2008

Carcassonne. Briser le cercle des violences conjugales

200804231102_zoom Une permanence pour les partenaires violents s'ouvre en mai au lieu ressources. Un colloque lance l'initiative demain.

Jeudi dernier, un mari violent a écopé d'un an de prison ferme au tribunal correctionnel. Il avait battu son épouse et tenté de l'étrangler. Coutumier des coups, il avait déjà été jugé pour des faits similaires. Ce lundi, c'est un militaire basé à Castelnaudary qui comparaît pour les mêmes raisons. Sa compagne avait déjà déposé plainte. Cette fois-ci, il a frappé si fort qu'elle est arrêtée une dizaine de jours. Dans l'Aude, quelque 400 femmes battues poussent chaque année la porte des associations. Une centaine seulement porte plainte. « Mais combien ne le font pas et restent des victimes silencieuses ? », souligne François Hébert, substitut du procureur de la République. « Ces sont des affaires délicates à juger car souvent la victime est très dépendante. On déstabilise le couple. D'un autre côté, quand il n'y a pas d'intervention judiciaire, les violences sont de plus en plus fortes », poursuit-il.

Les travailleurs sociaux et les psychologues formés à cette problématique savent identifier ces « cycles de violence » et amener les auteurs à les repérer. Afin de briser le cercle infernal. C'est l'objet de la permanence pour les auteurs de violences conjugales (PAV) qui va s'ouvrir en mai au lieu ressources (1). « Si on veut être réellement efficace, il est indispensable de mener des actions à l'attention des auteurs pour éviter la récidive », souligne Véronique Adreit, chargée de mission aux droits des femmes à la préfecture. Voilà un an et demi qu'un comité de pilotage émanant de la commission départementale d'action contre les violences faites aux femmes (2) planche sur le sujet. La démarche s'inscrit dans le cadre de loi Courteau d'avril 2006 qui prévoit, entre autres mesures, l'obligation de soins pour les conjoints violents. « La question de la violence en couple rejoint la question de la représentation de l'autre et de soi. On va travailler avec les auteurs à la déconstruction de ces schémas », précise Emmanuelle Sanchez du MFPF, porteur du projet.

« Tout ce qui se fait en amont et en aval est absolument nécessaire pour lutter contre les violences volontaires. C'est très bon en terme de prévention : certains auteurs vont consulter d'eux-mêmes », remarque le procureur. La PAV est destinée aussi bien aux volontaires qu'aux prévenus condamnés à des peines assorties d'une injonction de soins. À Montpellier ou Perpignan où des PAV fonctionnent déjà, un tiers du public accueilli est volontaire.

(1) La PAV sera mensuelle, sur rendez-vous au 06 79 74 66 03. (2) Le comité de pilotage fédère l'ABP21, l'ADAFF, l'ASM, Aude urgence accueil, le centre hospitalier Antoine-Gayraud, le CIDFF, la direction départementale de la sécurité publique, la mission départementale aux droits des femmes, le MFPF, la PJJ.


Prise en charge: l'hôpital accueille un colloque

Afin de lancer l'ouverture de la permanence pour les auteurs de violences conjugales et d'œuvrer à la plus large adhésion des professionnels (associations, travailleurs sociaux, justice, forces de l'ordre, soignants, médecins, psychologues, psychiatres…), le comité de pilotage a mis sur pied un colloque qui se tient, demain au centre hospitalier de 9 heures à 13 heures.

Au programme : 9 heures, présentation de la permanence pour les auteurs de violences conjugales ; 10 heures, intervention d'Alain Javay, psychomotricien et thérapeute en criminologie, attaché à l'antenne médicale du Dr Roland Coutanceau.

11 h 15 : présentation d'expériences par l'APEX (prise en charge d'auteurs de violences sur Perpignan), AVAC (prise en charge d'auteurs sur Toulouse), Via Voltaire (Montpellier). Un échange avec la salle fera suite à chacune des interventions.

Les associations écoutantes qui œuvreront à la PAV ont bénéficié d'une formation spécifique, condition sine qua non pour que le dispositif soit efficace. « En croisant différents points de vue, ce colloque constituera un espace de débat sur les voies et les moyens d'une prise en charge du partenaire violent dans la perspective d'éviter la récidive », précisent les organisateurs.

Céline Samperez-Bedos

Question du jour (N°10)

Egypte En Egypte, plus de 60% des femmes acceptent et justifient les violences conjugales. Laquelle de leurs justifications est fausse :

    1 - Si la femme refuse de coucher avec son mari.

    2 - Si la femme répond à son mari et lui désobéit.

    3 - Si la femme suit seule son cours.

Conseil de l'Europe : Contre les violences domestiques

06 mai 2008

61 - En cavale (4ème partie)

Hteldenuit Nous entrons dans une petite ville, située à une dizaine de kilomètres de Saint-Velin. Une petite ville grise, sans vie, déserte, dans laquelle  les commerces et bars sont fermés dès 18 heures. Nous tournons dans la ville  pour essayer de trouver un endroit où passer la nuit.

    - Tiens regarde, Sam. C'est un hôtel là-bas non ?
    - Oui. On dirait.

Samuel se gare près de l'hôtel.

    - Je vais voir, ne bougez pas.

Samuel sort de la voiture et entre dans l'hôtel. Nous l'attendons. Nous continuons notre conversation. Joséphine interroge :

    - Tu es sûre maman ?
    - Oui, maintenant que j'y pense, son fusil est chez lui, à Lauhon. Il ne peut pas l'avoir avec lui, ici.
    - Mais alors...
    - Il nous a menti. C'est pour ça qu'il ne voulait pas ouvrir la porte.
    - Il nous a fait du chantage...
    - Oui.
    - Il est malade. C'est plus possible maman. C'est plus possible de vivre avec ce cinglé. Quand ? Quand est-ce qu'on pourra vivre en paix ?

Joséphine se met à pleurer. Ma mère s'avance de l'arrière de la voiture pour la prendre dans ces bras. Elles restent ainsi quelques instants.
Samuel entre dans la voiture. Il voit ma mère et ma soeur blotties l'une contre l'autre. Il demande :

    - Ca va ?
    - Oui ça va... ça va aller. Hein ma chérie ?
    - Oui, maman...
    - Alors, il y a de la place ?
    - Il n'a plus qu'une chambre simple. Il n'a pas de place pour quatre.
    - Merde.
    - Qu'est-ce qu'on fait ?

Sur le rond point, derrière nous, j'aperçois une voiture qui roule doucement, comme si elle surveillait les alentours.

    - Maman, regarde.
    - C'est lui !
    - Baissez-vous.

Nous nous baissons tous pour nous cacher, allongés sur les fauteuils. Samuel, regarde dans le rétroviseur pour voir la voiture qui effectue plusieurs tours, autour du rond point. Tout en guettant, il murmure à ma mère :

    - Myriam. La plaque d'immatriculation. S'il la voit, il va tout de suite savoir que c'est nous !  Des 18 il n'y en pas beaucoup ici...
    - Qu'est-ce qu'il fait ?
    - Il regarde partout. Ca fait trois fois qu'il fait le tour de rond point, tout doucement.

Silence. Soudainement, l'intérieur de la voiture est éclairé par les phares qui stationnent dans notre direction.

    - Putain ! Je crois qu'il nous a vu !
    - Démarre ! Démarre !


Samuel démarre au quart de tour. Aussitôt, la voiture de "l'autre" se met à notre poursuite. Dans les rues de cette petite ville, la course-poursuite reprend. Samuel essaye à nouveau de le semer. Il cherche à le tromper en prenant au dernier moment un virage, puis un autre. Ce qui joue en notre faveur, c'est que Samuel est meilleur conducteur que "l'autre". Les crissements des pneus, à chaque virage, pourraient réveillés un mort. Nous gagnons de l'avance dans ce zig-zag infernal. Samuel ne cède pas.

    - Je vais t'avoir gros con !

La situation en est presque amusante. A chaque coin de rue, nous gagnons. Les nerfs qui se lâchent par tant de tension, amusés par l'humiliation que Samuel lui inflige par ses réflexes et sa dextérité. Le mot "gros con" nous fait rire dans cette voiture en cavale.
Nous finissons par sortir de la ville et nous nous engageons sur une sombre route départementale. "L'autre gros con", (qui devient pour nous son nouveau surnom) est loin derrière, mais on l'aperçoit encore qui persiste à vouloir nous attraper.

    - Bon ! Je ne sais pas où on va, mais on y va !

Samuel, est presque lassé par ce "gros con qui nous colle au cul". Phrase spontanée dans la bouche de ce jeune homme si gentil, qui me fait rire terriblement dans cette voiture. C'est presque de la fierté que j'éprouve à ce moment-là. La fierté d'être une deuxième fois à deux doigts de le semer.

Sur la route, Samuel aperçois un passage qui mène à une forêt.

    - N'ayez pas peur, j'ai une solution au problème.

Samuel éteint les phares de la voiture, s'engage sur la gauche et prend le passage. Dans le noir complet, il roule tout doucement. Nous entrons dans cette forêt. Une concentration collective prend la place de nos rires. La voiture roule tout doucement.
Le bruit des branches craquent sous les pneus du véhicule.
Une pierre fait tanguer la voiture.
Des feuilles mortes crépitent sur notre passage.
Nous écoutons. Aveugles.
Nos oreilles devenues nos yeux.

(A suivre)

 

05 mai 2008

V.Q. dans la salle obscure...

L_un_contre_l_autre_imagesfilm Hier soir, dans la salle obscure, un film bouleversant a agité certaines âmes sur leur fauteuil. L'un contre l'autre, chef-d'oeuvre du cinéma allemand, révèle ses deux interprètes Matthias Brandt (Georg) et Victoria Trauttmansdorff (Anne). Un des plus beaux films, et certainement le plus juste qui retrace et met en évidence le tourbillon infernal de la violence conjugale. Film violent tant la réalité psychologique est époustouflante. Film précieux parce que le comportement de la perversion narcissique est ici intelligemment montré. Film dérangeant puisqu'ici, c'est Anne qui frappe Matthias.
Au bout de la première demi-heure, nous entrons sournoisement dans le cercle infernal des coups de la violence privée.
Et là... Dans la salle obscure, un couple se lève et sort... Lui en premier, se dépêche de sortir, avec une énergie particulière, elle aussi, hâtive mais plus discrète, le suit. Puis quelques minutes plus tard, un homme, seul, se lève. Il est assis au milieu du rang. Son départ est un évènement puisqu'il dérange toute l'allée pour sortir. Il chuchote à voix basse en passant: "Pardon, excusez-moi... excusez-moi mais... excusez-moi... Pardon mais... non." Une fuite...
Puis une heure, une autre "scène-clé", poignante, saisissante... C'est Madame qui, cette fois-ci, prend le départ pour la sortie du cinéma. Monsieur, lui, est lent. Il rassemble ses affaires. Doucement. Puis se lève alors que Madame est déjà sortie. Il stationne quelques secondes devant la porte, jette un dernier coup d'oeil sur l'écran avant de la pousser et partir rejoindre Madame dehors.
D'autres suivront le même chemin...
Alors beaucoup de questions se posent.

L_un_contre_l_autre_1_2 Des âmes sensibles ? Des spectateurs anti-cinéma d'auteur allemand ? Des cinéphiles à la critique aigüe et ciselée ?
Sans doute...
Mais dans tous les cas, je sais que ces gens ont tous un point commun... c'est la fuite du sujet qui dérange.
Ce n'est pas la violence du film en tant que telle... Car d'autres films ont été plus violents, plus pervers...
Ce n'est pas la réalisation, qui est sublime, qui est juste... fine.
Ce ne sont pas des gens surpris qui ne s'attendaient pas à cela. Les critiques, les bandes-annonces sont très explicites sur le contenu du film. Ils savaient ce qu'ils venaient voir.

Les gens sont gênés.
Surtout ne pas en parler...
"Un homme qui frappe sa femme, wouah ! C'est dur. Mais alors là ! Une femme qui frappe son mari... non !"

Les choses ont du mal à bouger... Elles ont vraiment du mal...

L'un contre l'autre
Réalisé par Jan Bonny  
Avec Matthias Brandt, Victoria Trauttmansdorff.  
durée : 1h 40min

 

Plus d'infos sur ce film

04 mai 2008

Australie : NSW police Domestic violence

60 - En cavale (3ème partie)

Denuit_2 Nous courons le plus vite possible jusqu'à la sortie de l'immeuble.

Dans la rue, le désert.
Le silence.
Pas une âme qui vive.

Nous restons le dos collé contre le mur de l'immeuble pour ne pas qu'il nous voit, si toutefois il regardait par la fenêtre de là-haut.

    - Où est Samuel ?
    - La voiture est garée loin maman... Je ne sais pas... Il va arriver.
    - Par où ?
    - Par là.
    - Venez.

Ma mère ne veut pas courir le risque d'attendre en bas de l'immeuble devant l'entrée.
Nous courons le plus discrètement possible vers un amas de buissons pour nous cacher derrière. Pendant quelques minutes, nous guettons l'arrivée de la voiture et l'entrée de l'immeuble.
Le silence de la rue est de plus en plus épouvantable.
Puis le bruit d'une voiture qui arrive au loin.
Au même moment, "l'autre" sort de l'immeuble. Il reste debout, calme. Regarde autour de lui. Fait quelques pas, va sur sa droite puis sur sa gauche. Il guette.

La voiture de Samuel arrive à toute vitesse. La rue est à 50 mètres de nous.
"L'autre" ne la voit pas puisqu'il s'engage de l'autre côté, vers le parking des voitures. Il nous tourne le dos.

    - C'est la voiture de Sam !

Alors que nous sortons du buisson, Samuel continu son chemin. Il ne nous a pas vu.
Nous courons à toute vitesse jusqu'à la rue. Ma mère crie :

    - Samuel !

Dans son rétroviseur, il nous voit. Il freine brusquement. Nous courons jusqu'à la voiture qui nous attend. "L'autre", qui a entendu le cri de ma mère, hurle :

    - Myriam !

Alors que nous nous précipitons pour entrer dans la voiture, "l'autre" court jusqu'à la sienne. Ma soeur prend place à l'avant, côté passager, tandis que ma mère et moi montons à l'arrière. Les portières à peine fermées, Samuel démarre en trombe. Ma mère se retourne aussitôt pour voir ce que fait "l'autre".

    - Il a pris sa voiture !

Samuel fonce dans la cité sinueuse. Un véritable enchevêtrement constitué de nombreux sens uniques et de culs-de-sacs. Ma mère l'aide à se sortir de chaque piège de ce labyrinthe.

    - Ne tourne pas à droite c'est un cul-de-sac !

Habile, Samuel parvient à circuler à travers cet imbroglio de panneaux et de petites rues. Mais la jungle des routes est quelquefois plus forte.

    - Non ! Pas là !

Trop tard. Samuel c'est engagé vers une rue qui ramène vers l'immeuble duquel nous venions de nous échapper.

    - Pas là ! On retourne vers la maison !

Soudainement, nous tombons nez à nez  avec "l'autre", au volant de sa voiture. Samuel freine sèchement, se retourne et actionne le levier de vitesse. La rapidité avec laquelle il se dépatouille de la situation est impressionnante. Tel un cascadeur de film policier, il remonte la rue en marche-arrière et fait un dérapage digne des plus grandes scènes d'action pour retourner la voiture en marche-avant et poursuivre la fuite.

Nous réussissons à sortir de la cité. "L'autre" est toujours à notre poursuite à plusieurs mètres derrière. L'allure est fulgurante. Une course poursuite à travers la ville... Sens interdits, feux rouges non respectés... Tous les risques sont bons pour le semer.

Après plusieurs minutes de lutte acharnée, nous gagnons de l'avance sur lui. Nous sortons de la ville et nous fonçons. Nous fonçons.
Le rétroviseur offre une image de désert. Nous nous retournons pour voir s'il y a une voiture derrière nous.
Rien.
Le néant. Mais nous continuons. Nous fonçons. Nous fonçons le plus loin possible pour nous échapper.

(A suivre.)

02 mai 2008

59 - En cavale (2ème partie)

Couloirdimmeuble Le couloir est plongé dans l'obscurité.
La minuterie du système électrique automatique s'est déclenchée. Dans la panique de cette extinction soudaine, le voyant orange de la touche de l'interrupteur est le seul secours que je trouve. Je me précipite pour appuyer et déclencher la lumière afin de mettre un terme à cette noirceur effrayante.
Lorsque la lumière revient, je vois le visage de ma mère qui lui aussi s'éclaire. Telle une prisonnière qui découvre un habile plan d'évasion, elle continue le dialogue avec "l'autre" tout en essayant de nous faire comprendre son idée :

    - Jean-Marc calme-toi. Les voisins...
    - J'en ai rien a foutre des voisins...

Elle nous chuchote.

    - Quand la lumière s'éteindra ne la rallumez pas.

Nous comprenons aussitôt la plan. "L'autre", hurlant de l'intérieur.

    - Tu m'entends !
    - Oui.
    - J'en ai rien a foutre. Je peux ouvrir la porte et vous buter, si je veux.
    - Oui, Jean-Marc. Mais arrête de crier.

Le dialogue continu alors que tous les trois nous fixons le bout du couloir pour nous accoutumer à la distance qui nous sépare de l'escalier. Dans quelques instants, nous devrons fuir et courir dans le noir le plus vite possible. Se déplacer à l'aveugle pour garder nos vie sauves.

    - Dis-moi que tu ne vas pas me quitter !
    - Jean-Marc. C'est pas sur un palier, à travers une porte que j'ai envie de parler de ça.

Toujours nous fixons le bout de ce couloir. Prêts à la course. Attendant le déclenchement de la minuterie. Notre signal de départ. Nous attendons.

    - Tu me quittes, je vous tue et je me fais éclater la cervelle après.
    - Tu fais peur aux enfants, Jean-marc. Arrête.
    - Les enfants. Vous voyez où on en arrive? Vous voyez ce que votre mère me fait vivre ?

Nous écoutons et nous regardons toujours droit devant nous. Prêts à fuir dans le noir.

    - Théo ! Tu m'entends ?
    - Oui.
    - Alors répond-moi quand je te parle !

    - Oui.

Le noir ne vient pas. Nous l'attendons dans une tension extrême.

    - Je vous aime les enfants. Vous m'entendez ?
    - Papa. Pose ton fusil. Tu nous fais peur.
    - J'arrêterai quand votre mère m'avouera qu'elle a quelqu'un d'autre dans sa vie.
    - Jean-Marc... Arrête de te faire des films, bon sang. Je n'ai personne dans ma vie et tu le sais très bien.

Cette dernière phrase le fait entrer dans une furie extrême. Il recommence à se frapper la tête contre le mur, à l'intérieur de l'appartement, tout en hurlant. Tétanisés, nous attendons le noir. Le noir ! Le noir ! Le noir !

    - Myriam. Arrête de te foutre de ma gueule ! Dis-moi qui c'est où je te bute !
    - Jean-Marc...
    - Tu as dix secondes pour me dire qui c'est...
    - Jean-Marc, je t'en prie...
    - Un !
(Silence) Deux !
    - Jean-Marc. Je t'en supplie arrête...

Nous attendons.

    - Trois ! Dis-moi qui c'est Myriam. Dépêche-toi...
    - Jean-Marc !
    - J'attends, Myriam !

Nous attendons le noir qui ne vient pas.

    - Quatre ! (Silence) Cinq !

Le noir. Signal de départ.
Nous courons le plus silencieusement possible jusqu'au bout du couloir.

    - Six !

Nous entendons les comptes s'éloigner derrière nous. dans l'obscurité, nous tâtons les murs. Nous nous agrippons à la rampe de cet escalier en colimaçon pour fuir. Pour ne pas tomber.

    - Sept !

Nous continuons la géométrie. La logique régulière des marches en décidant de fuir par les escaliers, quelque-peu éclairés par les lumières de secours. Pour ne pas attirer son attention par le bruit de l'ascenseur.
Une marche. Puis une autre. Puis une autre. Nos respirations sont comme coupées. L'objectif de fuir le plus vite possible et de ne pas tomber nous tient en haleine. Une apnée automatique qui nous rend légers. Habiles. Nous nous échappons.

Une marche. Puis une autre. Une autre. Une autre.

6ème étage. Nous l'entendons hurler le prénom de ma mère, deux étages au-dessus.

    - Myriam !

Il a compris que nous avons profité du noir pour fuir.

(A suivre)

   

 

30 avril 2008

Canada : campagne "Family services of Greater Vancouver"

"Eux, ils n'ont pas la version censurée.
Nous aidons les enfants à sortir des violences domestiques. "

58 - En cavale (1ère partie)

Atraverslejudas_3 Je suis assis à l'arrière de la voiture.
Samuel est au volant. Joséphine, à ses côtés, la main posée sur sa cuisse.
Ils sont amoureux.
Samuel va sur ses vingt ans. Joséphine en aura dix-huit dans quelques semaines. Et moi, bientôt treize.
Stephan Eicher passe à la radio.
Joséphine est heureuse. Elle chante avec lui  "Déjeuner en paix".

La terrible scène de la veille ne lui a été racontée que succinctement. 
"L'autre" n'est pas revenu depuis son départ en claquant la porte. Après que je l'ai menacé avec ce couteau.
J'ai mal dans mon cou. Une douleur dans la nuque. Peut-être un malaise de culpabilité.

Stephan Eicher entame le refrain.
Comme dans une colonie de vacances, nous chantonnons tous les trois ce fameux "Déjeuner en paix".
Nous venons de passer l'après-midi chez mes grands-parents. Un après-midi de paix.
J'ai regardé ma grand-mère travailler dans son atelier de couture. J'étais bien.
Je n'ai pas parlé de ce qui s'est passé la veille. Mes grands-parents ne doivent pas savoir.
Ma mère me l'a demandé.
Depuis la mort de Sylvia, tout à tellement changé. Ils sont tellement ancrés dans la douleur, qu'il ne faut surtout pas les alourdir par cette terrible situation.
Ma mère compte définitivement se séparer de lui. Alors, rien ne sert d'en parler.

Nous rentrons à l'appartement.
Il est 19h30. C'est l'heure où ma mère doit rentrer du travail.
Samuel cherche une place à proximité de l'appartement.
C'est difficile. Il y a beaucoup de monde. Tous sont déjà presque rentrés de leur travail.
A 19h30. C'est toujours difficile de trouver une place.
300 mètres plus loin, il en trouve enfin une.

Nous sortons du véhicule et nous nous dirigeons vers l'immeuble. Samuel doit rester manger à la maison avant de prendre la route de nuit pour repartir à Bronges.
Dans l'ascenseur, c'est la bonne humeur. Même si Joséphine est attristée par le départ de Samuel, elle sait qu'il doit revenir dans seulement trois semaines pour son anniversaire.

7ème étage.
Nous sortons de l'ascenseur. Nous nous dirigeons vers l'escalier pour nous rendre au huitième lorsque nous entendons ma mère parler et frapper à la porte.

    - Jean-Marc ! Ouvre !

Nous nous précipitons pour la rejoindre.
Ma mère est debout, encombrée de sacs de courses, son manteau, son sac à main. Elle nous voit.

    - Il s'est enfermé dans l'appartement. Il a changé la serrure cet après-midi. En rentrant, je suis allé directement faire quelques courses avant de monter, et quand je suis revenu, mes pneus étaient éclatés. C'est lui. Maintenant, il ne veut pas ouvrir.
    - Quoi ?
    - Je pense qu'il a bu.

On entend des coups sur un mur, à l'intérieur de l'appartement.

    - Qu'est-ce que c'est ?
    - Il se cogne la tête contre les murs. Je ne sais pas ce qu'il a fait mais il a cassé des choses à l'intérieur.
    - Je vais me buter Myriam ! Tu m'entends ! Je vais me buter !

Ma soeur et moi sommes complètement terrorisés.

    - Viens maman, on s'en va !

Il semble avoir entendu les dernières phrases.

    - Non ! Myriam ! Tu reste là. Je veux que tu entendes. J'ai mon fusil ! Tu vas m'entendre !

Chuchotements.

    - Maman j'ai peur !
    - Qu'est-ce qu'on fait !
    - Il faut appeler la police !
    - Reste-là Myriam ! Si tu te casses, j'ouvre la porte et je te bute !
    - Samuel tu es en voiture ?
    - Oui.
    - Il faut qu'on parte discrètement.
    - Reste-là ! Où je vais buter tes enfants.
    - Je suis garé loin. Je vais chercher la voiture.

Samuel pars discrètement pour aller chercher sa voiture.

    - Myriam ! parle-moi !
    - Jean-Marc ! Arrête ! S'il te plaît, arrête ! On va discuter calmement.
    - Tu restes là...! Je te vois à travers le judas.
    - Oui, je reste là.
    - Je veux t'entendre. J'ai chargé le fusil.

Ma mère se retourne vers nous. Ma soeur lui chuchote, en larmes.

    - Maman, on est pris au piège.

(A suivre)

La pensée du jour (N°16)

Coup

29 avril 2008

57 - Vertigo (3ème partie)

Couteau1 Je frappe de toutes mes forces sur la porte...

    - Ouvre ! Laisse-la ! Maman ! Maman ! Ouvre !

J'entends le claquement aigu d'une gifle... Je hurle tellement j'ai peur de ce qu'il se passe derrière cette porte close.
Envahi par une rage, je m'écroule sur le sol et donne des coups de pieds sur la porte pour la défoncer, ou pour attirer l'attention et qu'il finisse par ouvrir cette porte et libérer ma mère.
J'entends ses insultes. J'entends la rébellion de ma mère. Mes hurlements accompagnent la scène. Je suis entré moi aussi dans le cycle vertigineux de la violence et de la colère.
Je perds mon sang froid tellement la panique me donne le vertige.
Puis le réflexe me vient d'aller dans la cuisine pour prendre un couteau afin de forcer la serrure. De tourner le verrou afin de libérer ma mère.
Lorsque je saisi le couteau, j'entends la porte de la salle de bain s'ouvrir brusquement. Ma mère en sort et part se réfugier dans les toilettes. "L'autre" sort lui aussi à son tour.

    - Myriam ! Viens ici, j'ai pas fini de discuter.

Quelques secondes se passent. Un silence terrible prend place dans cet appartement qui venait de connaître un vacarme épouvantable de violence. Quelques secondes et je reste immobile dans cette cuisine. Attentif à ce que j'entends. Je ne sais ce qu'il se passe en moi à ce moment. J'attends dans cette cuisine. J'attends quelques secondes puis il entre dans la pièce.
Il me voit près de l'évier. Son visage laisse apparaître son étonnement. Ahuri, il se met à pleurer.
Ma main armée du couteau est tendue vers lui. Je le regarde fixement.

Autant je venais de perdre le contrôle de mes émotions, autant à présent, face à lui, le couteau pointé dans sa direction, je retrouve un calme glaçant. Je sais que les mots qui vont s'échanger dans quelques instants seront marqués à vie dans son esprit et le mien.

Il pleure et me regarde. Il pleure et appelle. Comme une prière.

    - Myriam !

Je le regarde toujours fixement. J'éprouve pour la première fois de ma vie la froideur. Impartialité. Je sens que mon visage est aussi pâle qu'une statue de cire. Mes yeux brillent de colère froide.

    - Je te plante. (Silence.) Tu la frappes encore une fois. Et je te plante.

Le silence est catastrophique. Il reste ainsi, immobile, face à moi. Moi face à lui. Quelques petites secondes qui paraissent des siècles. Je le regarde toujours.
Alors que ma phrase raisonne encore dans nos têtes, je pose le couteau sur le bord de l'évier de la cuisine. 

Le silence. Toujours.

Une pesanteur telle que ma mère, après l'appel de "l'autre" et ce silence si épais, sort des toilettes.

    - Théo ! Qu'est-ce qu'il se passe ?

Quand elle entre dans la cuisine, elle trouve "l'autre" assis à la table de la cuisine. La tête enfouie dans ses bras croisés. Moi toujours debout. Les lèvres pincées.
Quelques secondes laissent croire à un enfant puni et pleurant ainsi sur cette table, un après-midi de janvier. Ma mère, les larmes aux bords des yeux :

    - Va-t-en Jean-Marc.

Il se lève et sort. Il prend son manteau. La porte d'entrée de l'appartement claque.
Ma mère me prend dans ses bras fragiles.

Ainsi. L'un contre l'autre. Nous pleurons.

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